Barrage et Lac de La Gileppe

dimanche 9 novembre 2014
par  J-C.Hamers

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L’établissement d’un barrage sur la Gileppe fut demandé par les lai­niers ver­viétois vers 1857, afin de dis­poser de la qua­ran­taine de mil­liers de litres d’eau pure néces­saires tous les jours à l’industrie textile de l’époque. Les indus­triels ne vou­laient surtout plus être sous la coupe des Eupenois, dont les usines uti­li­saient éga­lement l’eau de la Vesdre, mais en pre­mière main. Ils sou­hai­taient, en outre, que chaque entre­prise de la place dis­posât d’une eau vierge et d’égale pureté.
Les travaux qui seraient entamés à la Gileppe com­pren­draient, par consé­quent, l’édification d’un aqueduc qui des­ser­virait les usagers.

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Le Lion

Le lion qui veille sur la muraille, le regard fixé vers l’EST, est l’oeuvre de Félix Antoine Bouré. Il en avait taillé les élé­ments dans un grès tendre de la vallée de la Sûre (Grand-​​Duché). Le lion com­porte 183 blocs, pesant jusqu’à 7 tonnes pièce ; il déve­loppe 13,50m de hauteur, 16m de lon­gueur et 5m d’épaisseur, ce qui repré­sente 130 tonnes de pierres. Durant l’été 1970, ce lion fut pré­cau­tion­neu­sement démonté par sciage des joints, puis réédifié au faîte du nouveau barrage : l’entreprise avait demandé 40 jours de travail … La photo de Georges Denis laisse à penser que le lion dédaigne cette tour moderne qui lui fait l’affront d’être bien plus haute !

La muraille

L’ingénieur Bidaut fut chargé des études pré­pa­ra­toires et aussi d’en conduire la réa­li­sation. Le site précis du futur barrage fut choisi en fonction de la per­méa­bilité des roches et condi­tionné par l’orientation presque ver­ticale de leurs bancs. Le barrage lui-​​même, du type poids, fut construit en moellons bruts de grès, noyés dans un mortier de chaux. Décrivant un arc de cercle de 500m de rayon, il avait une lon­gueur de 235m au faîte, 82m au fond et 47m de hauteur totale ; son épaisseur était de 66m à la base et de 15m en crête : l’ensemble repré­sentait 260 000 m3 de maçon­nerie. Les travaux, exé­cutés pour le compte de l’Etat, s’étagèrent de février 1867 jusqu’en fin novembre 1875 et furent menés par les Entre­pre­neurs Braive et Caillet de Ver­viers. Fait piquant à remarquer : ce premier barrage fut DEJA sur­haussé en cours de construction ! En effet, le premier mur prévu, d’une élé­vation de 37m, per­mettait une capacité de 6 mil­lions de m3 ; on y ajouta 11m de hauteur et la capacité fut portée, de ce fait, à 12 mil­lions de m3. La rupture de pente de la paroi aval et sa cor­niche de pierres de taille étaient les témoins du chan­gement d’optique.

Le barrage fut mis sous eau en mai 1875 et inauguré le 28 juillet 1878 en pré­sence du roi Léopold II. Notons encore que, par arrêté royal, la Ville de Ver­viers assurait l’équipement des prises d’eau et pré­levait celle-​​ci dans toute la mesure de ses besoins.

Dans les années 1960 et sui­vantes, la vétusté de l’ouvrage com­mença à se marquer davantage. De plus, l’accroissement des besoins indus­triels et aussi la crainte des séche­resses vinrent ajouter le poids de leurs argu­ments en faveur d’une moder­ni­sation et d’un sur­haus­sement de la vieille digue. La décision fut prise ; la formule adoptée tenait compte des risques de guerre sur un ouvrage sem­blable et aussi de la pos­si­bilité d’un trem­blement de terre dans la région ainsi que des fac­teurs d’économie de réa­li­sation. Le mur existant, préa­la­blement exhaussé par une digue en béton de 20m d’élévation, serait inclus dans un vaste enro­chement métho­di­quement tassé : celui-​​ci for­merait une masse de 1,2 mil­lions de m3 de maté­riaux gréseux pré­levés dans la car­rière toute proche de la Borchenne.Les pare­ments consis­te­raient en gros moellons de grès posés à la main et calés pour former un perré. La réa­li­sation de cet ouvrage tita­nesque portait de cette manière la conte­nance du Lac de la Gileppe à 26 mil­lions 430 000 m3, dont 24 mil­lions de m3 de capacité utilisable.

Les tours de prises d’eau

Le lac - réservoir de la Gileppe, destiné à fournir de l’eau à usage domes­tique et indus­triel, pré­sente après moder­ni­sation une toute nou­velle structure : les deux tours de béton qui émergent du lac même.
Leur but est de pallier l’inconvénient grave que pré­sen­taient les anciennes prises d’eau ins­tallées fort près du fond et qui, de ce fait, ne pré­le­vaient pas néces­sai­rement l’eau de la meilleure qualité. L’on sait, en effet, que dans un réservoir important, l’eau subit constamment des modi­fi­ca­tions avec le temps ; son degré d’acidité et sa com­po­sition chi­mique varient, et s’y ajoutent des bou­le­ver­se­ments dans la stra­ti­fi­cation des couches d’eau. En réalité, il fau­drait pouvoir à tout moment capter l’eau là où sa qualité est la meilleure, et c’est pré­ci­sément ce que réa­lisent ces tours.
Formées d’un fût cylin­drique, elles déve­loppent 75m de hauteur pour un dia­mètre de 8,90m. Le béton par­ti­culier dont elles sont construites est épais de 1,20m à la base et de 0,80m au sommet ; il repré­sente 4800m3, contenant 390 tonnes d’acier. Quatre pertuis y sont amé­nagés et répartis sur la hauteur, per­mettant un pré­lè­vement sélectif de l’eau : une analyse continue de la qualité de celle-​​ci, réa­lisée à partir des tours éga­lement, définit le niveau de captage.
Chaque tour est au surplus reliée à la berge par une pas­se­relle de 92m de lon­gueur, répartie en deux travées de 46m ; elle est formée de caissons penta­gonaux de 2,38m de haut, en béton contraint par des câbles d’acier. Cette pas­se­relle sur­plombe de 6m l’eau du lac.
L’eau est recueillie, au départ des tours, par des tuyaux d’acier qui l’amènent à l’aqueduc de 9km, pour être ensuite distribuée.

Le déversoir

Le nouveau barrage est pourvu d’un déversoir unique ; on l’a voulu massif pour l’harmoniser avec l’ensemble, mais surtout pour éviter toute sub­mersion de l’ouvrage.

Deux pertuis, larges de 8m, livrent passage au surplus d’eau. Chacun d’eux est obturé selon les besoins par une vanne-​​wagon en acier, pesant 25 tonnes et sus­pendue au double point-​​cadre ; elle est com­mandée électriquement.

L’eau est reçue dans un bassin d’amortissement construit sous la chaussée, puis elle débouche à l’arrière du barrage au pied d’un mur de béton de 22m d’élévation et s’engage dans un canal de fuite qui peut évacuer 185m3 par seconde. L’eau par­vient alors dans un bassin d’amortissement d’une capacité de 18 000m3 : 4 mètres d’épaisseur d’eau amor­tissent la force vive que créent les 60m de déni­vel­lation. Au-​​delà de ce bassin, un chenal de béton de 1224m de lon­gueur a été sub­situé au cours naturel de la Gileppe. Ce canal est profond de 2m, large de 6m au fond et de 11m en haut, et peut débiter un maximum de 100m3 par seconde. Il amènent les eaux de la Vesdre à Béthane.

Les vidanges

Deux cana­li­sa­tions de vidange uti­lisent les anciennes galeries construites à cet effet : elles se déve­loppent sur 380m en rive droite et 520m en rive gauche. On y a posé des tuyaux d’acier, dont le dia­mètre varie de 1,80 à 2,20m, et qui peuvent évacuer 89m3/​seconde. Il faut donc plus de 4 jours pour vider le lac, mais 37 heures suf­fisent pour éli­miner 10 mil­lions de m3, équi­valant à 40% de la réserve ; leur éva­cuation fait baisser de 10m le niveau de l’eau du lac.

La centrale hydro-​​électrique

Les deux colonnes en acier de 900 mm de dia­mètre qui ali­mentent l’aqueduc voient passer, en moyenne, 76 300m3 d’eau tous les jours, sous une hauteur de chute de 42,90m. Cette force consi­dé­rable est uti­lisée pour entraîner deux tur­bines de 430ch qui meuvent chacune un alter­nateur tri­phasé d’une puis­sance maximum de 320kW sous une tension de 6 000V ; la pro­duction annuelle de ces groupes se chiffre à 3,3 mil­lions de kWh. Cette énergie est uti­lisée pour les besoins mêmes du barrage et de ses ins­tal­la­tions annexes ; le surplus est vendu au réseau de distribution.

(Texte emprunté à "www​.gileppe​.com") icones_peda

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Photo prise par Robert Dejong, le 16 octobre 2018 :
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